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mercredi 11 février 2004
par Denis Boudreau

La tyrannie de l'urgence

Comme tout bon doute qui vous assaille, celui de l'emprise corporatiste sur mon existence s'est déclenché sans crier gare. J'en étais à terminer la lecture de "La tyrannie de l'urgence" de Laïdi. Je me rapelle des faits comme s'ils s'étaient déroulés hier. Au sortir du métro, je me trouvai en face d'une affiche publicitaire du quotidien La Presse sur laquelle on pouvait lire tout simplement "Saisir le Présent". En temps normal, cette petite phrase ne m'aurait jamais interpellé, l'ironie voulant que je sois bien trop occupé à préparer l'avenir pour jouir du présent... Mais suite au constat du rythme effrené de mon existence auquel Laïdi venait de me confronter, ces quelques mots me firent l'effet d'une douche froide. Saisir le présent... voilà bien un luxe que je ne m'étais pas offert depuis longtemps.

En jetant un regard sur l'industrie dans laquelle j'oeuvre, force m'est de reconnaître que le privilège du présent nous a été sournoisement dérobé depuis belle lurette. Pressés sans relâche par l'obsession de livraison et l'incessante quête de rentabilité, nous en sommes venus à tout orchestrer en fonction d'optimiser la production du présent pour garantir un avenir qui ne servira au final qu'à remplacer le présent actuel par un présent éventuel, tout aussi résolument axé vers un futur qui nous échappera encore. Pourquoi courir si fort pour me rendre de A à B, si B n'est rien de plus que le point de départ pour une autre course, destinée à se rendre à C, D, E ?

Ainsi, dans un tel modèle, demain n'est pas la veille où nous recommencerons à prendre le temps de réfléchir à notre propre situation et à l'impact des technologies dans nos vies. Quel est notre gage pour l'avenir dans un tel contexte ? L'insatiable recherche de notre propre accomplissement professionnel, fait au détriment des valeurs auparavant sacrées de la famille et de l'implication dans la collectivité passent-elles dorénavant par un individualisme renouvellé ? Entre la réussite professionnelle chapeautée d'une retraite dorée à 50 ans et la dégradation de notre santé physique et mentale coiffée d'un infarctus à l'aube de la retraite, lequel choisir ? Les deux peut-être, pourquoi pas ? Dans une société aussi axée que la nôtre vers l'optimisation, ce serait normal de parvenir à réaliser tout ça en même temps.

Agir tout de suite et colmater au besoin plus tard ; voilà bien l'approche préconisée par la société contemporaine en général et l'industrie du multimédia en particulier. La préconisation d'une livraison rapide pour répondre à un besoin sans pour autant chercher à solutionner définitivement le problème. Une absence de vision à long terme, de pérennité. Combien d'entreprises ont injecté des sommes faramineuses dans les trous sans fonds du Web pour développer des présences corporatives sur la Toile, seulement pour se faire dire quelques années plus tard par leurs fournisseurs de service que dans le cadre de leur prochaine refonte, tout serait malgré tout à refaire ? Courir, toujours courir. Si au moins c'était pour se rendre quelque part, ce serait déjà ça de pris.

P.S. : Hummm... joyeux tout de même comme portrait. Compte tenu que je le rédige dans un moment de ma vie où j'ai la chance de pouvoir me réaliser comme jamais au sein d'une nouvelle équipe qui voit les choses autrement, faut pas me croire démoralisé, rassurez-vous. Perplexe peut-être, mais les pieds solidement callés dans mes starting blocks quand même ! Go hamster, go !

Denis Boudreau | 2004.02.11 @ 23:48

Alors, qu'en pensez-vous ?

Voici ce que vous aviez à en dire... vos impressions, recueillies à vif.

2004.02.12 @ 01:00 par Nicolas

Hamster :-) il n'y a que 26 lettres dans notre alphabet. Cela ne fait juste que 26 points de départ avant de retrouver le présent :-) . Heureusement que tu ne vis pas en chine ;-)

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2004.02.12 @ 02:45 par Philippe

Yesterday is history
Tomorrow a mistery
Today is a gift
That's why it's called the present

ou quelque chose comme ça ...
c'était à la radio (France Inter) l'autre jour

Carpe diem !

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2004.02.12 @ 06:08 par Pierre

Il y a aussi notre peur du risque qui nous forcent à tout prévoir et à ne regarder que devant. Et Dieu sait que notre société a peur du risque (il n'y a qu'à voir les profits de compagnies d'assurances). Je ne le réalise jamais autant que quand je suis accroché à un mur de glace à 50 m de hauteur. Tu dois et tu ne peux être qu'au présent dans cette situation et c'est parfaitement agréable. C'est la différence entre assumer le risque et prévoir le risque.

C'est un très beau texte Denis. C'est toujours bon de se rappeler cette réalité. Merci!

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2004.02.12 @ 06:53 par s t e f

Tu oublies surtout que demain, aujourd'hui sera hier...

:-)

J'ai décidé moi aussi de 'saisir le présent' ('carpe diem', merci le cercle des poètes disparus)...

Il y a des moyens pour ça : éteindre son ordinateur plus souvent... déguster du vin... ne pas oublier de rire... et plein d'autres...

Bon courage, Denis ! On est avec toi !

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