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lundi 26 janvier 2004
par Denis Boudreau

Plaidoyer pour l'accessibilité universelle

Andy Budd, designer Web pour la société anglaise Message, signait la semaine dernière sur son carnet Web un éloquent plaidoyer en faveur de l'accessibilité universelle. Un texte somme toute assez complet qui installe les bases d'un argumentaire à développer pour parvenir à vendre de plus en plus souvent et avec de plus en plus de succès le concept d'accessibilité à nos clients et patrons. Voilà bien un billet comme je les aime ; bien construit et réfléchi, allant au fond des choses pour en faire ressortir l'essentiel du message.

Entre autre chose, je suis tout à fait d'accord avec Budd dans son approche descriptive des utilisateurs bénéficiant d'un apport en accessibilité. Vous remarquerez que, plutôt que de commencer par parler des aveugles et des personnes handicapées, l'auteur préfère mettre en lumière les utilisateurs friands des nouvelles technologies, ceux qui demeurent prisonniers de technologies dépassées, ceux qui vieillissent inexorablement ou encore, ceux qui sont trop jeunes ou pas assez initiés pour comprendre convenablement la langue utilisée pour diffuser le contenu.

Une telle approche n'est certainement pas due au hasard. Il y a une raison à cela, et elle est très simple. Malgré toute la bonne volonté du monde, l'argument humanitaire ne fonctionne pas et ne fonctionnera jamais. Car à part faire tirer une petite larme, à quoi cela sert-il d'enfoncer le clou davantage sur la situation des aveugles envers le Web ? Rien du tout, reconnaissons-le. Il faut savoir réinventer notre approche, attaquer le problème d'un autre front.

C'est d'ailleurs la conclusion à laquelle j'arrivais jeudi dernier lors de notre rencontre de W3Québec. Une amie, justement handicapée donc doublement sensibilisée à la cause de l'accessibilité, se trouvait fort dégoûtée par un tel état de fait qu'elle ne pouvait nier. Dans une société qui ne sait plus reconnaître l'impérativité de respecter l'ensemble des membres de la communauté, il ne reste plus grands arguments à exploiter mis à part ceux du prestige et de l'argent... en attendant une loi qui tarde à être passée et qui nous permettra aussi de jouer habilement la carte de la peur et de la menace de représailles.

La lecture du texte de Andy et les commentaires qui s'ensuivent me confirment en fait ce que je présupposais depuis un moment déjà ; l'approche la plus efficace pour convaincre en faveur de l'accessibilité ne réside pas dans les valeurs morales qui y sont rattachées, mais bien dans les enjeux de capital social et de retour sur investissement qui en découlent. D'une certaine manière, je ne peux m'empêcher de trouver cela désolant moi aussi, mais cette réalité ne diffère en rien de la cause de promotion des standards du Web eux-mêmes. Il ne faut donc pas en être surpris, ni même s'en formaliser. Il importe simplement de se concentrer sur les cordes sensibles des preneurs de décisions, qui deviennent particulièrement attentifs lorsqu'on leur parle de gestion du capital de risque.

Et justement, voilà probablement une des plus grandes forces du billet qui vous est présenté ce soir, cette capacité à focaliser sur la gestion du capital de risque. Un petit conseil ; diffusez-le massivement auprès de vos clients et patrons, en attendant que nous n'en produisions une version française.

Denis Boudreau | 2004.01.26 @ 22:35

Alors, qu'en pensez-vous ?

Voici ce que vous aviez à en dire... vos impressions, recueillies à vif.

2004.01.27 @ 04:26 par Paginus

Je partage ton enthousiasme. L'article est relativement court, les idées sont claires, le ton est juste, les arguments sont nombreux et les nuances y sont. Si tu n'as pas déjà quelqu'un, je me porte volontaire pour le traduire en français.

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2004.01.27 @ 07:43 par CYBERcodeur

Allez hop ! Si tu as envie de t'y coller, ce serait grandement apprécié ! :)

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2004.01.27 @ 08:09 par Olivier

Quelle(s) raison(s) invoquent les clients et patrons qui refusent ?

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2004.01.27 @ 13:28 par Paginus

C'est d'accord. Alors je m'y mets dès ce soir. A+

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2004.01.27 @ 17:46 par CYBERcodeur

La principale raison qui est évoquée, c'est définitivement la peur de l'inconnu, bien qu'ils ne le présenteront et ne l'avoueront jamais ainsi. Pour eux, ce serait plutôt vu comme un risque impossible (ou difficile) à calculer.

L'accessibilité fait peur, d'abord parce que les concepts technologiques derrière elle sont difficiles à saisir pour l'internaute de fin de semaine. Ensuite, parce les coûts reliés à l'accessibilisation sont souvent impossibles à chiffrer. De manière générale, on a beau sortir des chiffres et des statistiques de notre chapeau, il y a toujours un 'spécialiste de l'informatique' dissimulé dans l'ombre du décideur ou du client qui, comme un sombre conseiller, se fait un plaisir fou de brouiller les cartes en canibalisant sur les craintes de son patron. Le 2% de coûts associés à l'accessibilisation dont parle Budd est bien joli, mais dans les faits, lorsqu'on parle d'assainir un site existant, il est probable que cela est plus considérable.

Je suis souvent d'avis qu'il est préférable de faire table rase une dernière fois et de reconstruire de la bonne manière ou fois pour toutes... dans quel cas, l'accessibilité devient effectivement un plus très peu coûteux. Le problème, c'est que les décideurs et clients se sont tellement faits beurrer au fil des années qu'ils n'ont plus la moindre confiance en l'industrie.

L'important c'est de ne pas se mettre dans une position ou l'on devient un abuseur... il faut cultiver la confiance des clients et des patrons et pour cela, il faut beaucoup de patience.

Heureusement, cette crainte de l'inconnu et de l'innovation n'empêche pas la totalité d'entre eux de finir par entendre raison et de se rallier au bon sens... Mais tu serais estomaqué de voir le nombre de personnes en position de prise de décision qui m'ont dit un jour ou l'autre que tant que leurs compétiteurs directs ne feraient pas un 'move', ils ne bougeraient pas non plus.

La pression doit donc venir des clients de ces décideurs. C'est la seule manière de les glisser entre l'arbre et l'écorce. C'est d'ailleurs pour ça que les études comparatives et évaluatives comme celle que la Fondation des Aveugles a mené avec le W3Québec sont si importantes. Ce sont des graines que l'on sème dans la conscience collective.

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2004.01.28 @ 09:41 par Sylvain Lelièvre

Quelqu'un pourrait m'expliquer ce qu'est un 'Silver Surfer' ?

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2004.01.28 @ 09:47 par CYBERcodeur

Ce que j'en ai compris, c'est que c'étaient représentatif des personnes vieillissantes...

Peut-être est-ce un équivalent de l'âge d'or ? :)

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