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mardi 13 mai 2003
par Denis Boudreau

Aggrégateurs et syndication : addictifs

Et bien voilà, quelques jours après avoir installé un fil RSS sur CYBERcodeur et avoir moi-même goûté aux vils plaisirs de l'aggrégation, force m'est de reconnaître que mes habitudes d'internaute et de friand consommateur de blog ont beaucoup changé. Ça ne m'a pris que quelques jours pour passer d'un camp à l'autre, au grand plaisir de mon emploi du temps et au grand dam de mon expérience d'utilisateur. Comme quoi le bonheur des uns fait le malheur des autres. Paradoxe pour le moins schizophrénique, lorsque l'on est à la fois l'un et l'autre. Mais enfin, passons sur la philo et embrassons les faits.

Pour le meilleur ou pour le pire ? Difficile à dire, puisque tout dépend du point de vue selon lequel on observe le tout. Au moment d'écrire ces lignes, il figure dans mon fidèle FeedReader pas moins de 32 fils RSS différents qui me permettent d'être avisé à la seconde près de mises à jour sur les sites que je consulte quotidiennement. Et encore, je pourrais probablement en ajouter une quinzaine d'autres si j'y mettais l'effort, surtout depuis que mon nouvel ami Ed Nixon à pris la peine de rassembler dans une même liste tous les sites portant sur le sujet des standards, de l'accessibilité et du design Web. Après tout, l'inscription est si simple, on serait fou de s'en passer. Seulement, je me demande réellement si les aggrégateurs sont une bonne chose pour le Web, dans sa forme actuelle du moins.

Bien sûr, ils le sont pour moi, puisque je sauve un temps ahurissant dans la gestion de ma veille et de mes recherches, mais l'expérience et le plaisir que j'en retire me laisse une impression de "tout cuit dans le bec" pas forcément satisfaisante. Je me sens un peu comme quand je triche dans un jeu vidéo... au début, c'est très amusant mais rapidement, tout devient banal, trop facile. Et soudainement, je me mets à regretter l'époque où je fouillais mes pistes moi-même, où je peinais à abattre un gobelin. Curieusement, le débat entourant les aggrégateurs est déjà un vieux débat, mais c'est où je suis rendu maintenant -- mieux vaut tard que jamais.

Examinons donc, si vous le voulez bien, les pours et les contres de la syndication, selon mon humble point de vue, en commençant par les aspects positifs :

  1. Économie de temps incroyable. Je consulte facilement de vingt à quarante sites différents chaque jour, à la recherche des dernières nouvelles, des tendances, des innovations ou encore des opinions de ceux que j'ai appris à découvrir et à respecter sur le Web. Pour chaque truc duquel je fais mention, j'en lis peut-être dix autres qui me semblent d'intérêt moindre, ou desquels on a déjà suffisamment discuté ailleurs. Me rendre sur un site pour constater qu'il ne contient rien de nouveau est une expérience parfois frustrante, surtout si un auteur est silencieux depuis un moment. Avec l'aggrégateur, je sais *quand* me rendre sur un site. Je ne m'y rends plus pour rien.
  2. Mesure rapide du pouls du Web. Avec l'aggrégateur, je n'ai plus le doigt sur le pouls du Web, j'ai la main au complet. D'un rapide coup d'oeil, je peux obtenir une vue d'ensemble de tout ce qui est important en matière de standards, aussi simplement que je prends mes courriels. Cela se traduit bien sûr en une optimisation de mon temps, mais également en une vision plus large de l'actualité. Il y a moins de choses qui m'échappent, plus de matériel à lire, donc plus d'entrées potentielles dans ce carnet.

D'un autre côté, cette nouvelle vision élargie ne vient pas sans son lot d'inconvénients ou d'aspects négatifs. Alors que j'appréhendais moi-même de me retrouver avec une baisse énorme de fréquentations sur CYBERcodeur à cause de la possibilité de lire mes contenus sans venir me visiter, je me rends compte que c'est exactement ce que je fais avec les sites que je consulte :

  1. Désintéressement de la navigation. Depuis que l'information vient à moi, je constate une baisse de l'intérêt à la recherche d'information. Certainement passagère, cette tendance affecte néanmoins ma perception du Web, que j'ai toujours vu comme un médium dans lequel l'humain se rendait à l'information. Avec les aggrégateurs, je deviens plus passif, comme lorsque je regarde la télé. Maintenant, je demeure sédentaire comme internaute et je laisse venir. Je crains que ce genre d'habitudes n'ait comme effet de m'occasionner une prise de poids (en octets bien sûr, mais un enlisement quand même).
  2. Déconnexion et éloignement. Pour publier quotidiennement (souvent plus d'une fois par jour) comme je le fais, il faut toujours se garder en éveil et lire beaucoup. Il faut toujours recréer un momentum, se garder pro-actif. La seule réelle manière d'y parvenir consiste à s'impliquer dans ses recherches, à travailler pour obtenir les filons que d'autres découvrent également quotidiennement. Il y a une certaine satisfaction à dénicher quelque chose d'intéressant au détour d'un clic de souris, alors que l'on recherche quelque chose de complèttement différent. Ce qui rend la recherche intéressante, c'est d'entrer dans l'univers des bloggeurs, de visiter leurs sites, de fouiller leurs code source, de naviguer à l'aveuglette, etc. Lire leurs écrits dans l'interface d'un aggrégateur enlève toute cette facette de découverte et de personnalisation et c'est très dommage.

Conclusion ? Évidemment, la possibilité de récolter l'information de manière instantannée est une révolution du mode des communications Web. Probablement là pour demeurer, la syndication des contenus demande tout de même un ajustement des habitudes pour apprendre à s'en servir adéquatement. Je crois que d'utiliser les fils RSS pour attirer des lecteurs en ne fournisant que les premières lignes de nos contenus est une excellente approche et probablement la seule réellement valable afin de protéger la particularité de l'expérience de navigation qui rend le Web si particulier. Cela demande aussi de s'ajuster au nouveau mode de réception de l'information, de transcender nos vieux modèles et d'entrer de plein fouet dans ce nouveau type de distribution. Au bout du compte, tout le monde peut en tirer des avantages; mais encore faut-il s'en servir efficacement et à bon escient.

Denis Boudreau | 2003.05.13 @ 22:37

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